Pensées insomniaques et textes poétiques...

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Le lecteur - Quelle horrible fin!

18/11/2007 19:17



Voilà la fameuse nouvelle qui finit bien. Mais ne vous inquiétez pas: j'ai écrit une deuxième fin. Au début, il y avait seulement une partie de jambe en l'air, une Muse et une fin heureuse. Maintenant, il y a une partie de jambe en l'air (on se refait pas), un lecteur et des morts! Sous ces aspects déjantées, j'ai essayé de réfléchir sur la place de l'auteur par rapport au personnage (et vice versa, bien sûr) mais j'avoue ne pas avoir trouvé de réponse. Peut-être en aurez-vous une...



  • Comment s'est-il suicidé?

  • Au gaz, madame.

Madame Cléo recula, épouvantée. Elle fit soudain volte-face et arpenta le salon. Sa robe de mousseline bleu pervenche scintillait à la lumière du feu de cheminée. Le pas de ses bottines vernies résonnaient dans la grande pièce.

  • Au gaz! Au gaz! Mais personne ne se suicide ainsi de nos jours!

Elle attrapa un éventail sur le rebord de l'âtre et se ventila le visage par petits coups secs. Seul le froufrou du tissus venait troubler le silence du salon. L'horloge affichait 20:07.

  • Au gaz... murmura-t-elle. Quel enfant!

Madame Cléo était une bourgeoise d'une quarantaine d'année. Veuve depuis quelques mois à peine, elle ne supportait pas la solitude. Elle avait eu alors l'idée d'ouvrir sa maison à ses amis et à des intellectuels dont la vivacité d'esprit la ravisait. De nombreuses personnes de qualité se pressaient dans son salon où les discussions variaient selon l'humeur de la maîtresse des lieux. Un jour, les convives admiraient le style de Monsieur Hugo, le lendemain, ils narraient les derniers ragots entendus au théâtre.

  • Pardonnez-moi, madame, se hasarda Hélèna. Puis-je savoir à quelle heure viendront les invités demain?

  • À seize heure, voyons. Vous le savez très bien, ma pauvre fille.

Hélèna pinça les lèvres. Elle détestait lorsque sa maîtresse l'appelait ainsi. Elle n'osa sortir de la pièce et resta immobile, attendant que Madame Cléo lui demande de l'aider à se déshabiller.

Hélèna avait souvent rencontré le comte de Thurand. C'était un jeune homme dont la verve et les pirouettes d'esprit enchantaient les femmes. Tous les salons lui étaient ouverts. Poète reconnu, il doutait pourtant de son talent et courait sans cesse après la reconnaissance. Il était tombé presque par hasard dans la drogue et ne s'était jamais relevé depuis. Madame Cléo l'encourageait à suivre des séances de désintoxication dans les cliniques de la France entière. Mais le Comte n'y restait que quelques jours. Bientôt, la drogue lui fut nécessaire pour écrire et c'est ainsi...


Madame Cléo - Ho!

L'auteur - Que se passe-t-il?

Madame Cléo – J'avais cru comprendre que l'histoire parlait de moi.

L'auteur – Je n'ai jamais dit ça!

La maîtresse de maison croise les bras sur sa poitrine et tourne le dos. Exaspérée, Hélèna soulève son tablier et sort un petit sac de la poche de sa robe noire. Elle se roule une cigarette.

L'auteur – Mais qu'est-ce que vous fabriquez, vous?

Hélèna – Je fume.

Elle s'approche de la cheminée et attrape une brindille enflammée afin d'allumer sa cigarette. Elle s'assoit ensuite avec élégance dans un des somptueux fauteuils du salon.

Madame Cléo – Relevez-vous, voyons! Vous êtes dans ma maison, ma fille

Hélèna – Je ne suis pas votre fille, madame. Et tant que l'histoire sera stoppée, je refuse de suivre vos instructions.

L'auteur – Et voilà! Ça devait m'arriver! Un ami m'avait prévenu: « Fais attention, n'écris pas trop sur les femmes car un jour, elle s'en vengeront! ». J'aurais du l'écouter! Vous n'êtes que des ingrates.

Madame Cléo (offusquée): Ce sont nous les ingrates? Vous plaisantez j'espère! Cela fait plus d'un mois que je trottine dans votre tête à la recherche de la sortie. Et enfin, lorsque que Mônsieur veut bien me donner vie, il raconte l'histoire d'un autre!

L'auteur – Je ne comprends pas...

Hélèna – Vous pensiez que c'était vous qui nous créé? (elle soupire de mépris). Les personnages obéissent à leur Créateur tant que celui-ci les respecte.

L'auteur (choqué) – J'ai toujours respecté mes personnages mais je ne compte pas me laisser mener à la baguette par une femme de papier!

Madame Cléo – Oh! Êtes-vous au courant que Emma Bovary a fait un scandale à Flaubert parce qu'il ne respectait pas ces volontés? Quel mufle! Il la prenait pour une idiote et lui donnait des amants plus médiocres les uns que les autres.

L'auteur (s'énerve) – Et elle l'a tellement fait chier qu'à la fin, il l'a tuée!

Madame Cléo (pointant son index vers l'auteur)– Ne vous avisez pas de faire cela, jeune homme! Et veuillez garder un langage correct.

Hélèna jette son mégot dans le feu et renverse la tête sur le dossier du fauteuil.

L'auteur (en fronçant les sourcils) – En fait, comment est-ce que j'ai réussi à rentrer dans ma propre histoire?

Madame Cléo lâche un petit rire de dédain.

Madame Cléo – C'est grâce à nous, mon cher. Hélèna vous l'avait fait comprendre pourtant: les personnages ont tout pouvoir sur leur Créateur. Je voulais vous parler donc je vous ai fait venir dans votre propre histoire.

L'auteur se retourne soudainement. On se rend alors compte que la scène est partagée en deux. Devant son ordinateur, l'auteur voit un salon bourgeois du dix-neuvième siècle. Derrière lui, il voit sa bibliothèque et une fenêtre avec vue sur la mer. Plus aucun personnage n'est visible. Madame Cléo hausse les épaules tandis que Hélèna éclate de rire. L'auteur refait plusieurs fois ce mouvement de va-et-vient.

L'auteur – Je suis bloqué! Comment puis-je sortir de là?

La voix off – En vous excusant platement, Créateur. En tout cas, se serait un bon début.

L'auteur (sursaute) – Qui a parlé?

Hélèna – C'est l'homme qui joue le rôle de la voix off.

L'auteur – Il existe aussi?

Madame Cléo – Qui se chargerait des descriptions si ce cher Alan n'était pas là?

Madame Cléo s'incline légèrement pour saluer Alan.

La voix off – J'en ferais de même, mon amie, si l'auteur avait daigné me donner un corps.

L'auteur – Comment aurais-je pu?

Hélèna – C'est très simple. Si le narrateur est un des personnages ou l'auteur lui-même, il prend corps. Mais s'il est omniscient, ce n'est qu'une simple voix.

L'auteur se redresse sur son siège et tape sur son écran d'ordinateur.


Appuyé contre la cheminé, Alan avait assisté à la scène sans émettre un seul mot. Il avait lui-même déjà rencontré le Comte de Thurand.


Alors qu'il écrit, un homme, grand et charismatique apparaît. Il s'incline devant Hélèna, puis se dirige vers Madame Cléo et lui baise la main.


Alan – Je me présente, monsieur, Alan Hugues, personnage et narrateur.

L'auteur (surpris) – Enchanté. (il réfléchit tandis que Madame Cléo et Alan parlent entre eux.). Mais comment ce fait-il que le personnage du comte ne soit pas présent?

Hélèna – Il est mort.

L'auteur (choqué) – Comment?

Hélèna ( comme si cela était évident) – Au gaz! Puisque dans votre récit, le Comte est décédé, il n'est présent qu'à travers le discours de Alan.

Hélèna se lève et regarde par la fenêtre du décor.

Hélèna – Que faisons-nous maintenant?

L'auteur – J'avais pensé continuer à écrire.

Madame Cléo (retirant sa main de celle de Alan. Elle s'avance de quelques pas vers l'auteur) – Ah non! Je n'en ai pas fini avec vous, jeune homme. J'exige que mon personnage soit le protagoniste principal.

L'auteur – Sinon quoi?

Madame Cléo (regardant autour d'elle) – Sinon je sabote votre travail.

Elle s'approche d'un guéridon sur lequel un bouquet de fleurs a été déposé. Elle soulève ostensiblement le vase et le jette par terre. Le verre se brise avec fracas. L'auteur s'exclame: sur l'écran de son ordinateur apparaissent des mots que Alan récite naturellement.

Alan – Alors que Hélèna allait quitter la pièce, Madame Cléo se précipita sur un vase et le jeta sur le parquet. Au milieu des débris de verre et de l'eau répandu, de grandes fleurs jaunes s'étalaient.

Alan secoue la tête comme s'il reprenait ses esprits.

Madame Cléo (elle s'approche de Alan, lui caresse le visage comme pour le réconforter, puis se tourne brutalement vers l'auteur) – Ne me provoquez plus, monsieur! (en s'adressant à Hélèna). Et vous, ma fille, qu'est-ce que vous attendez pour nettoyer?

Hélèna (énervée) – Je ne suis pas votre bonne, madame.

Alan (à Hélèna tandis qu'elle défait le noeud de son tablier blanc et enlève sa coiffe de femme de ménage. Elle les pose sur le guéridon où le bouquet de fleurs était exposé.) – Théoriquement, si. Dans la nouvelle, vous êtes au service de madame Cléo. Mais...

L'auteur – Stop! (Alan, outré par cette impolitesse. Il se tourne vers Madame Cléo et lui prend la taille). Je n'ai pas bien compris... Qu'est-ce que vous êtes, Hélèna, hors de cette histoire?

Hélèna – Rien, il me semble. (Rêveuse). J'aurais aimé incarner une jeune femme dont l'élégance et la beauté d'esprit aurait inspiré les intellectuels de son époque. N'y a-t-il pas de rôle plus merveilleux que celui de Muse?(Madame Cléo et Alan s'éloignent très doucement et sortent par une porte du décor). Que diriez-vous que l'on passe un pacte? Si j'arrive à convaincre Madame Cléo d'abandonner son ambitieuse idée, m'écrirais-vous une histoire où je serais une inspiratrice?

Madame Cléo glousse de l'autre côté de la porte mais aucun des deux personnages présents ni fait attention.

L'auteur (soupire) – Très bien. Mais je crois que ce n'est pas gagné. Elle a l'air de se moquer totalement des mes envies. (il se redresse sur son siège). J'ai plusieurs questions à vous poser: d'abord, qui, de l'auteur ou du personnage, à la primauté pour modifier l'histoire?

Hélèna réfléchit en faisant les cent pas dans la pièce. Elle se tourne vers l'auteur et ouvre la bouche mais la referme aussitôt en secouant la tête. L'auteur se retourne, regarde à travers la fenêtre et revient dans l'histoire. Soudain, Hélèna claque des doigts.

Hélèna – C'est évident! (l'auteur paraît inquiet). La réponse c'est qu'il n'y a pas de réponse. C'est comme demander qui, de la poule ou de l'oeuf, est venu en premier.

L'auteur (secoue la tête avec conviction) – Donc le Créateur ne peut pas continuer à vivre sans ses personnages et ils n'existent pas sans lui. Bien. Ensuite, j'ai une question concernant le narrateur: si je décide d'écrire la nouvelle à la première personne du singulier, Alan sera-t-il toujours le narrateur?

Hélèna – Pas du tout! Il disparaîtra et votre double prendra sa place. Mais Alan serait profondément déçu si vous faisiez cela. C'est un être d'un grande sensibilité artistique et je ne l'ai jamais vu faire preuve de violence, d'excitation ou d...

Soudain, on entend des gémissements provenant de la pièce voisine. Hélèna et l'auteur se tournent en direction des bruits qui s'amplifient.

L'auteur – Vous disiez? (Hélèna rougit et lisse machinalement les plis de sa robe noire). Ont-ils le droit de faire ça?

Hélèna (hausse les épaules) – Je suppose que oui. On ne peut rien y faire...

L'auteur se cale dans le fond de son siège et réfléchit. Hélèna s'approche de lui. Contre le mur, le portrait du mari défunt de Madame Cléo se met à trembler et tombe par terre. Le lustre de cristal tinte et de la poussière de plâtre tombe du plafond.

Hélèna – S'ils continuent comme ça, ils vont détruire toute la maison.

L'auteur cache son visage avec ses mains. Hélèna fait alors un geste étrange dans sa direction: elle passe la main sur son front, la dépose sur ses lèvres, puis la tient horizontalement à sa bouche et souffle dessus. L'auteur se relève soudain, rougit, fait un geste de renoncement, puis hausse les épaules et tape sur l'écran de son ordinateur:


Hélèna... Huuuuum... Hélèna...


On entend un cri. Une claque résonne dans la pièce voisine. Madame Cléo ressort bientôt de la pièce, remettant en place ses jupons, le chignon de travers. Hélèna éclate de rire. Madame Cléo la fusille du regard. La jeune femme se tait et déglutit difficilement. Alan apparaît. Il a remis ses vêtements en place mais il semble atterré par ce qu'il vient de se passer. Il se masse la joue gauche. L'auteur se frotte les mains

L'auteur (d'un air faussement innocent) – Où étiez-vous passez?

Madame Cléo (tremblante de rage) – Nul part! Qu'insinuez-vous, voyons!

Alan (s'approche d'elle et murmure) – Constance...

Madame Cléo se recule et entreprend de refaire son chignon mais ses gestes sont tellement nerveux qu'elle n'y parvient pas. Hélèna contient tant bien que mal son hilarité.

L'auteur – Pouvons-nous reprendre l'histoire?

Madame Cléo – Tout à fait mais à une condition, je...

L'auteur – Je connais déjà votre condition mais il...

Madame Cléo – Non, non, je me suis mal fait comprendre. Même si cela me brise le coeur, je renonce à être le personnage principal. En revanche, j'exige que Alan ne compte plus parmi les personnages.

Alan – Constance! (il se précipite vers elle et s'agenouille) Je t'ai déjà expliqué que ces mots étaient sortis de ma bouche contre ma volonté. Je ne sais pas ce qu'il m'a pris... Ce n'était pas moi, il faut me croire! Tan pis si je ne suis plus un personnage à part entière, mais je ne veux pas perdre ton amour.

Madame Cléo tire sur le bas de sa robe que Alan tient dans ses mains. Il laisse ses bras retombés vers le sol. Hélèna regarde l'auteur en lui faisant des signes afin qu'il éclaire le malentendu.

L'auteur (mal à l'aise)En fait... (Madame Cléo et Alan se tournent vers lui). J'ai écrit le nom de Hélèna sur mon ordinateur et Alan l'a automatiquement prononcé. (Madame Cléo est choqué, Alan , ravi). Excusez-moi d'avoir (il cherche le bon mot) écourté votre activité, mais je tiens à continuer l'histoire au plus vite.

Soudain Alan se relève et enlace Madame Cléo. Il l'embrasse fougueusement alors qu'elle tente de se débattre. Puis ses coups se font moins violents et elle abandonne toute résistance.



Première fin


Hélèna sourit et se tourne vers l'auteur.

Hélèna – Pensez à notre accord.

L'auteur (étonné) – Mais vous n'avez rien fait pour que Madame Cléo abandonne son idée première.

Hélèna – En êtes-vous sur? (Elle se penche vers lui et dépose un baiser sur sa joue). Aurais-je pu faire cela si j'avais été un personnage comme les autres?

L'auteur (ému, se lève de son siège) – Qui êtes vous? (Hélèna ne répond pas mais le regarde fixement). Ma... ma Muse?

Hélèna met un doigt sur ses lèvres. La lumière baisse alors d'intensité et tous les personnages disparaissent. Seul un cercle de lumière entoure l'auteur. Il regarde autour de lui, puis se rassied. Sur son écran d'ordinateur, des mots se sont inscrits d'eux-mêmes, sous la pression d'une main invisible:


Alan s'approcha de Madame Cléo. Il releva très doucement sous menton et lui sourit. La mort du comte Thurand lui sembla un lointain souvenir. Alan la serra contre lui et murmura:

  • M'aimez-vous?


L'auteur tape avec empressement sur son clavier:


  • Oui, répondit Madame Cléo.


(7 novembre 2007)



Deuxième fin: (Hélèna ne fait aucun signe en direction de l'auteur lorsque Madame Cléo et Alan étudiaient l'anatomie. L'auteur trouva de lui-même le stratagème pour les faire revenir).


Hélèna (soupirant) – Notre accord n'a plus lieu d'être.

L'auteur – Je réfléchirais quand même à votre proposition.

Hélèna se tourne vers le couple. Ils s'embrassent toujours.

Hélèna (à l'auteur) – Vous savez comment vous allez terminé cette histoire?

L'auteur se gratte la tête et tape quelques mots sur son clavier. Soudain, Alan se redresse brusquement, sa main crispée sur sa poitrine. Il tente de parler mais un râle horrible sort de sa bouche. Madame Cléo hurle. Alan s'écroule sur le sol, mort. Madame Cléo tombe à genoux devant lui et pleure sur son corps inerte. Hélèna regarde la scène avec étonnement.

Hélèna – Vous allez me tuer moi aussi?

L'auteur – J'hésite... C'est que vous me plaisez beaucoup.

Hélèna s'approche de lui et tend sa main vers la tête de l'auteur comme si elle lui caressait les cheveux. Pendant ce temps, Madame Cléo se relève et fouille dans une grande commode.

Hélèna – Je ne peux pas vous toucher.

L'auteur – Et si je nous écrivais une histoire... une histoire où nous serions les seuls personnages?

Hélèna – Je ferais tout ce que vous voudrez...

Elle approche ses lèvres de celles de l'auteur sans les toucher. Madame Cléo sort un pistolet du tiroir, vise l'auteur, puis tire les yeux fermés. Plusieurs coups partent. Lorsqu'elle rouvre les yeux, Hélèna gît sur le sol, les mains appuyées sur son ventre. Le sang se répand rapidement sur le somptueux tapis du salon. L'auteur est affalé sur son écran, ses bras ballants. Hélèna ouvre la bouche et tend une main vers Madame Cléo. Celle-ci se précipite vers elle, dépose un baiser sur ses doigts mais Hélèna est morte. Elle se tourne vers le lecteur.

Madame CléoJ'ai tué mon Créateur... je suis morte!

Elle attend au milieu de la scène. Rien ne se produit.

Madame Cléo (regarde ses mains, son corps, touche son visage) – Mais... Cela n'est pas normal.

Elle jette le pistolet sur la scène, puis court vers la porte mais devant le corps de Alan, elle s'arrête. Elle effleure les lèvres de Alan avec ses doigts. Avant de franchir une porte à droite, elle se retourne et regarde la scène.

Madame Cléo (en hurlant) – Il n'y a donc personne?

Aucune présence ne se manifeste. Madame Cléo pleure en refermant la porte.



(24 novembre 2007)

Aux lecteurs qui savent faire vivre les personnages malgré eux



Commentaire de vn (19/11/2007 15:23) :

Wow. T'as réussi à faire mourrir des personnages finalement ^^ J'ai beaucoup aimé. Que dire de plus? Bisous

http://p-inkcoffin.livejournal.com

Commentaire de vn (20/11/2007 09:48) :

Et au fait: c'est la deuxième fin que je préfère. Bizu du nez

http://p-inkcoffin.livejournal.com

Commentaire de l\'auteur du blog (20/11/2007 10:27) :

Pourquoi ça ne m'étonne pas... ^^ Bisous mon Cyclope!

http://desespoir_poetique.boosterblog.com

Commentaire de Dark. (20/11/2007 10:56) :

Raaaah!! J'adore. La présence même de l'auteur dans l'histoire, la complexité des relations, tant entre les personnages qu'entre les personnages et l'auteur, font de cette nouvelle une histoire pas banale mais fort plaisante.Je suis accro =) Mais entre les deux fins, mon coeur balance. Mon côté cynique, sadique et méchant me fait préférer la deuxième. Mais la première reste celle que tu avais choisie au départ... Ralala!!!

http://histoiredefraise.skyrock.com

Commentaire de Niak© (21/11/2007 08:15) :

Joliii!
Cette nouvelle nous est servie sur un plateau, et puisqu'on à le choix des desserts : je prendrais les deux!...^^
Quand même!.. la première fin... quelle saveur !...^^


Commentaire de Emelune (04/12/2007 13:33) :

C'est très... Spécial et original ! Mais ça m'a plut ! Encore une fois, j'ai été épatée !


Commentaire de Carnavale (21/12/2007 23:37) :

Bonjour, J'ai cru comprendre que mon message avait été mal interprété et qu'il avait été jugé blessant. J'en suis vraiment désolé et je m'en excuse, même si c'est un peu tardif. Je continue de reconnaître à tous les textes que j'ai lu sur ce blog une véritable beauté obscure, la critique sur "l'aspect caricatural de parfois" est complètement à relativiser, je ne voulais pas du tout dire que c'était cliché ou que ça n'avait pas de valeur, au contraire. En souhaitant bonne continuation à l'auteur de ce blog, et en l'encourageant encore une fois à transmettre ses commentaires, meurtriers comme laudatifs (s'il en est lol) sur Golden Epopée, si elle en a envie! A bientôt!


Commentaire de l\'auteur du blog (02/01/2008 20:23) :

Pas de chance Canavale: tu m'as fait la seule critique que je n'accepte pas. Mais passons... J'espère que l'écriture de Golden Epopée est toujours aussi vive et farfelue! à bientôt


Commentaire de Carnavale (10/01/2008 14:04) :

On essaye! Tu continues de la lire ??


Commentaire de l\'auteur du blog (10/01/2008 16:44) :

Non: j'ai plus le temps. Je sais même plus où je m'étais arrêtée! Honte à moi! Pourquoi vous ne publiez pas votre histoire sur un blog commun, au lieu de la mettre sur un forum? Bonne continuation!


Commentaire de Carnavale (13/01/2008 10:40) :

On le fera dès que toute l'histoire sera terminée ! Déjà la saison 1 est finie, mais je ferai en sorte que tu la reçoives sous forme imprimée! Comme ça, ça fera comme un livre de poche. Ce serait quand même malheureux que tu ne saches pas ce qui arrive à Padgram à ses acolytes! Bonne continuation pour ton blog, je le découvre chaque jour un peu plus, tes nouvelles sont terribles!




à poil!

13/01/2008 21:41



J'étais en train de relire mon cours de mythologie et le prof avait fait une analyse très intéressante du mythe d'Adam et Eve. Il nous expliquait que cet épisode de la Genèse symbolise en fait la naissance de la conscience humaine. Lorsque le couple mange le fruit défendu, il se rend compte qu'il est nu et se couvre le corps. Adam et Eve ont compris qu'ils n'étaient pas au même rang que les animaux mais au-dessus. Le prof nous avait dit ceci: « La conscience d'être humain passe par la pudeur ».

Curiosité oblige, j'ai fait un lien avec notre société actuelle. En effet si l'on regarde notre époque, qu'en conclut-on? Regardez toutes ces publicités de femmes nues, cette télé-réalité où les caméras sont placées dans les douches... Il n'y a plus de pudeur. Notre société ferait-elle de nous des animaux? Qui tire l'humanité vers le bas? La publicité, la télévision... La réponse est simple: l'argent. Tout est fait pour amasser le plus possible de billets. Ils vont même jusqu'à animaliser l'homme. Mais où s'arrêteront-ils?

Depuis sa naissance, le règne humain reproduit le même schéma: il commence de rien et s'élève progressivement avant de retomber. Si l'humanité était une courbe, elle serait faite alternativement de sommet et de gouffre. À n'en pas douter, nous sommes dans une période descendante. Le tout est de savoir si nous sommes au fond, alors il nous faudrait recommencer notre ascension, ou si nous continuons de nous enfoncer dans la médiocrité.



Commentaire de NiaK© (14/01/2008 09:12) :

Ou bien à plumes!...^^...
Je manque un peu de matière à argumenter, et comme tout le monde le sait : les littéraires en sont les spécialistes. Mais ne s'agit-il pas ici d'une pensée, disons... Européenne? Linéaire? Avec des hauts et des bas, soit, mais qui avance?
Il n'en est pas de même pour mon voisin et ami, d'origine marocaine, chercheur au CNRS, qui explique lui que la pensée nord Africaine est en : cercle!. Une boucle éternelle quoi!...
Qu'en est t-il des autre pensées?... Chais pas moi, les bouddhistes?...Hu?...^^...
Bon après, la télé, euh... Là, faut zapper... D'autres moyens sont à notre disposition pour pas devenir totalement débiles...
Oula! j'ai écrit trop de mots déjà!...^^...
Bises
NiaK©


Commentaire de l\'auteur du blog (14/01/2008 17:06) :

Tu parles de la conception du temps, Niak et moi de l'évolution de l'Humanité. En effet, les occidentaux se représentent le temps comme une ligne en pointillés, les orientaux voient le temps comme un cercle (c'est peut-être la manière la plus sage de le concevoir...).

Bises


Commentaire de NiaK© (17/01/2008 15:08) :

Aaaah!...^^...
Euh... je vais me chercher un café à la machine là... *cherche un jeton*, *réfléchis*, *bois mon café*, *me brûle*.
Ayé! Je crois perso que l'humanité, parfois, ne se trompe pas de chemin.
Seulement parfois... Là, en se moment, ben... tssss!
NiaK©


Commentaire de lunastrelle (23/01/2008 16:01) :

Je pense qu'à trop vouloir s'être tirée de l'obscurantisme du moyen âge avec la religion, l'Humanité est retombée dans une nouvelle forme... Et régresse!
La perfectibilité peut mener l'humain à sa victoire comme à sa perte... Le rendre meilleur ou pire qu'un animal...


Commentaire de l\'auteur du blog (23/01/2008 19:08) :

Lunastrelle: je n'arrive plus à aller sur ton boosterblog, c'est normal?

Merci à tous pour vos commentaires. Bisous


Commentaire de Dark. (24/01/2008 18:02) :

Hum... Suite à plusieurs conversations sur le thème de l'humanité, tu sais déjà ce que je pense de tout ça, ou à peu près du moins =) Mais je te plussoie!!

http://histoiredefraise.skyrock.com

Commentaire de NiaK© (27/01/2008 00:19) :

Euh....
Je suis fasciné... Ce doit être les couleurs... Les parfums... Les sons...
Mais, en plus de tes inventions littéraires, de tes sortilèges mots, je découvre des univers, plusieurs, certains Noirs qui donnerais du fil à retorde à quelques couturiers connus... d'autres plus photosensibles, et enfin, encore, des paroles claires de Lune et d'Astre...
Mais, euh... Ça ne s'arrête pas la créa chez vous?
Bises
NiaK©


Commentaire de lunastrelle (27/01/2008 14:47) :

Oui, je me suis désinscrite, mais je vais m'y réinscrire dans quelques jours^^.


Commentaire de l\'auteur du blog (27/01/2008 16:46) :

Reçu, Lunastrelle! Tiens-moi au courant! =)

Niak... tes messages sont de plus en plus énigmatiques. Je me demande s'ils ne sont pas codés... ou bien tu es défoncé quand tu les écris! XD


Commentaire de NiaK© (27/01/2008 17:42) :

Raaaaaa!...Ça doit être quand je suis en mode: *VodkaNarhyppie*...
Bon! En français alors : J'aime bien aussi les blogs qui sont dans tes favoris...^^...
Je ne peux faire plus clair! XD
Bises
NiaK©


Commentaire de l\'auteur du blog (27/01/2008 17:44) :

Ah oui! Maintenant, je comprends beaucoup mieux! Bisous mon canari.


Commentaire de NiaK© (28/01/2008 22:40) :

Ouais ouais! *s'essuie la joue*
Bises aussi! *râle* XD
NiaK©




Les coups de Grâce

03/02/2008 11:15



 Je sais que certains d'entre vous attendaient une nouvelle érotique (bande de petits vicelards!) mais Hélène m'a fait un caprice et voilà ce que j'ai écrit, suite à une conversation avec mes parents. Je dois vous certifier que toutes ressemblances avec des personnes réelles n'est absolument pas fortuite.

Je dédie cette nouvelle à mon amie Ségolène qui a été un soutien morale infaillible dans ces moments difficiles.


  • Y'a quelque chose que je comprends pas.

  • Oui?

  • On s'est tous planté à cet exam, avais-je remarqué, sauf Grâce. Et je vois pas comment, elle a pu savoir à l'avance la méthode de notation du prof.

Silence.

  • À ton avis... m'avait répondu ma mère avec un regard appuyé.

  • Non, elle aurait jamais...

  • Ben,si!

  • Putain! Je vais me mettre à sucer des élèves de troisième année moi aussi. Si c'est la seule façon d'avoir des pistons.

  • Bonne chance, ma chérie, avait ironisé ma mère.

J'avais bu un peu d'eau pour tenter d'effacer l'image qui s'était imposée à mon esprit. Mais il m'aurait fallu un liquide plus fort.

  • Ok, maintenant, je sais comment elle a eu l'info. Qu'elle me l'ait pas dit à moi, normal: c'est la guerre froide entre nous. Mais qu'elle l'ai pas dit aux autres, c'est dégueulasse.

Mon père était soudain sorti de son mutisme.

  • Elle leur a pas dit parce qu'elle voulait pas que tu l'apprennes.

  • Non, dit pas ça c'est trop pourri. C'est pas parce qu'on se livre une gueguerre que les conséquences doivent retomber sur les autres.

  • Moi, je suis sur que c'est pour ça qu'elle l'a pas dit. Et vu tout ce que j'ai entendu sur cette fille, je peux dire sans remord que c'est une connasse. Le truc que je capte pas, c'est que tu savais depuis des années ce qu'elle était et tu continuais à lui parler.

Soupir. J'avais expliqué ça des dizaines de fois à mon père mais il ne semblait pas vouloir comprendre.

  • L'administration de la fac fait de la rétention d'info. Alors qu'en t'arrives à avoir un tuyau, tu le balances à tous les étudiants que tu connais, même à ceux à qui tu parles jamais. Et eux font la même chose de leur côté. Comme ça un max de personne est au courant. (j'avais fait une pause). Personne ne se connaît vraiment mais on s'entraide, tu vois?

Mon père avait haussé les épaules, signe qu'il avait compris mais qu'il trouvait ça con.

  • Donc, malgré notre dispute, Grâce et moi, on se faisait passer des infos. Et...

  • Et un jour, elle a arrêté, avait fini ma mère.

  • Tu comprends, avais-je continué, c'est comme si elle avait violé le règlement intérieur de l'université. Ça... ça me dépasse. Alors parce qu'elle couche avec un troisième année, elle croit qu'elle peut s'en sortir toute seule.

  • Elle a raison.

J'avais regardé mon père.

  • Pardon?

  • Ben, ouais. Tu devrais faire comme elle.

  • Tu veux dire me faire sodomiser par un boutonneux aux cheveux gras?

  • Non, avait-il sourit. Je veux dire que tu devrais pas lui passer des infos.

  • Depuis qu'elle ne le fait plus, j'ai totalement coupé les ponts. Maintenant, Grâce n'est plus personne pour moi. Plus rien.


Cette conversation à son sujet est restée graver dans ma mémoire et je me souviens encore la première fois que j'ai rencontré Grâce.

C'était un jour venteux, propre à la Bretagne. J'avais tout de suite senti que quelque chose n'allait pas. Cette fille était fausse et tous les clignotants de mon tableau de bord instinctif s'allumaient lorsqu'elle était près de moi. J'avais tenté de prévenir mes autres camarades de cours. Ils m'avaient reprochée d'être paranoïaque et de jalouser Grâce parce qu'elle était meilleure que moi. Meilleure que moi... pour les études, c'était certain. Mais sur le plan moral, je l'emportais haut la main. Suite à leurs critiques, j'avais pris mes distances vis-à-vis de ma spontanéité et avait lutté des années contre mon intuition. En vain. Car celle-ci s'était révélée d'une cruelle justesse. Mes camarades avaient du répéter mes soupçons à la concernée car celle-ci avait pris soin, petit à petit, de m'écarter du groupe.

Pour cela, elle avait développé plusieurs techniques. Lors des travaux communs, elle faisait passer mon avis en second plan et modifiait sans cesse mon travail afin de me faire comprendre que je n'étais pas à sa hauteur. Elle s'amusait également à aller raconter à nos connaissances communes que je l'avait insulté alors que nous étions seules. Elle avouait cela sur le ton de la plus haute confidence comme s'il s'agissait d'une secret d'état et finissait inlassablement son aveu par:

  • Mais ce n'est pas sa faute si elle est méchante avec moi. Elle est comme ça et je l'aime comme elle est.

Elle passait ainsi pour la gentille copine qui n'osait pas me remettre en place, amie indigne et sadique. Le moyen préféré de Grâce pour me rabaisser restait encore l'humiliation devant mes camarades. Elle ne ratait jamais un lapsus ou une erreur de langage de ma part pour me rappeler que je n'étais pas la plus intelligente des deux. Pour preuve, je faisais des fautes de français qu'un élève de primaire ne se serait pas permis. Le plus grand coup bas qu'elle m'ai donnée fut de répéter les confidences que je lui avait faites par erreur. En effet, il se trouvait des jours où ma confiance en la nature humaine reprenait le dessus. Je me laissai alors allée à des aveux que je n'avais jusque-là jamais formulé. Grâce s'amusait ensuite à les replacer judicieusement dans une conversation de groupe, puis rougissait et s'excusait publiquement pour sa précipitation. Mais le mal était fait.

À la faculté, le groupe d'amis dans lequel j'étais s'était séparé. Nous étions partis chacun de notre côté afin de construire nos vies. Malheureusement, Grâce s'était entêté à suivre mes traces et s'était inscrite dans la même licence que moi. Nous nous parlions toujours mais plus par obligation que par plaisir. J'avais fait de nouvelles connaissances qui, il était tant, avait tout de suite compris la véritable personnalité de mon ancienne camarade. Encore que je ne sois pas sûre qu'elle est eu, un jour, sa propre personnalité. Malgré le changement de cadre et de fréquentation, elle n'en a pas moins continué sa guerre solitaire et les coups bas ont été plus nombreux que jamais. C'était des petits actes qui auraient parut insignifiant pour une personne extérieure mais qui me pourrissaient littéralement la vie. Son manège dura jusqu'au premier semestre de notre dernière année de licence. Puis un jour, plus rien. Grâce semblait avoir renoncé à me faire souffrir. Elle m'avait téléphonée un soir, en pleurs: son père était mort. Compatissant à sa souffrance, je l'avais laissée revenir dans ma vie. Avec mes maigres moyens, j'avais tenté de la réconforter et de faire passer du mieux que je pouvais ce douloureux événement. Sans m'en rendre compte, je m'étais ainsi éloignée des amis rencontré à l'université. Ceux-ci n'avaient pas cessé de me répéter que je faisais une grave erreur en pardonnant à Grâce. Mais au nom de notre passé commun, j'avais délibérément occulté les atrocités qu'elle m'avaient faite subir. Au vu de la fin de ma licence, j'avais réussi à décrocher un emploi dans un journal quotidien, que je lisais régulièrement pour la qualité des articles. Cela faisait plusieurs mois que je rêvais d'intégrer l'équipe de rédaction. J'avais alors envoyé ma candidature au journal. Quelques jours plus tard, on m'avait contacté. Le responsable des ressources humaines avaient parut enthousiaste à la lecture des mes articles, publiés sur mon site personnel. Je voyais enfin un avenir se dessiner devant moi. J'avais l'impression de me réconcilier avec la vie, après des années de galère et d'humiliations diverses.

J'avais quitté la faculté, prête à rentrer dans la vie active. Je m'étais présentée à la réception du journal où on m'avait fait patienter. J'avais trouvé ça étrange et mon intuition avait commençait à s'alarmer. Le responsable du département était venu en personne me chercher dans la salle d'attente. Il m'avait pris à part dans un couloir de la rédaction et, visiblement gêné, avait tenté de m'expliquer:

  • Mademoiselle, la situation a changé. Il se trouve que le journal n'a plus besoin de vos services.

  • Pardon? avais-je violemment lancé.

  • Oui, je...

Il avait enserré un des mes bras et m'avait conduit dans une salle de réunion déserte.

  • Je vais vous dire la vérité. Vous voulez vous asseoir?

  • Oui, je sens que j'en ai besoin.

  • Voilà l'histoire. Vous savez certainement, parce que ça a fait la une, que le directeur du journal a du subir un triple pontage, il y a quelques années.

Je secouais la tête. À l'époque, ma mère m'avait parlé de cette histoire. Les investisseurs avaient craint pour la survie du journal et avaient donc retiré en masse leurs actions.

  • Le docteur qui a opéré le directeur est mort depuis peu. Mais son influence n'est pas partie avec lui. Sa fille a souhaité intégrer notre rédaction. Elle s'y est prise à la dernière minute mais le directeur a approuvé sa candidature, sans même prendre la peine de lire un de ses articles.

J'étais choquée. Une fille à piston m'avait piqué ma place. Mon job de rêve s'était effrité lamentablement devant mes yeux.

  • Il faut que vous sachiez, mademoiselle, que si ça ne tenait qu'à moi, je n'aurais pas accepté cette fille. Mais face au directeur, mon avis n'a pas de poids.

Il avait allumé une cigarette et m'en avait proposé une. Nous avions fumé en silence, seuls dans cette salle où la prochaine maquette du journal était accrochée au mur. J'étais scandalisée mais je n'en montrais rien à mon interlocuteur. La vie m'avait apprise à cacher mes émotions.

  • Vous aviez du talent en plus, avait-il lâché.

Il avait écrasé son mégot dans un cendrier sale.

  • Écoutez, j'ai votre numéro de téléphone. Pour l'instant, c'est vraiment pas sur, mais un de mes ami à le projet de monter une boîte d'édition. Je sais que ce n'est pas aussi excitant que de travailler ici et qu'il y aura du boulot, surtout au début. Mais si le projet se concrétise, je vous appelle, ok?

J'avais hoché la tête. C'était mieux que rien. En me raccompagnant à la sortie, le responsable des ressources humaines avait été apostrophé par un homme d'âge mur, planté en haut des escaliers.

  • Georges? Viens que je te présente la nouvelle.

  • C'est le directeur, m'avait soufflé le responsable avant de rejoindre celui-ci.

Le directeur avait tendu une main en direction d'un bureau pour inviter la personne présente à en sortir. Ma colère s'était soudain muée en rage lorsque j'avais aperçu Grâce sortir de la salle. Celle-ci m'avait adressée un discret signe de la tête. Ses lèvres s'étaient alors étirées sadiquement dans ma direction, sans que ni le directeur ni le responsable ne s'en aperçoivent.

J'étais rentrée chez moi avec devant les yeux l'image de ce sourire. À peine arrivée, je m'étais ruée sur mon téléphone pour chercher du réconfort. J'avais appelé Christine, à qui je n'avais pas parlé depuis des mois. Mon amie n'avait pas du tout été étonnée par ce que je lui avait appris. Nous avions décidé de nous voir l'après-midi même pour en parler.


  • Ça me tue ça! Tu savais qu'elle était pourrie jusqu'à l'os, les coups de pute qu'elle te faisait chaque jour était là pour le prouver. À la fin tu vivais, terrifiée, dans l'attente de son prochain coup. Et puis, tout le monde te le disait qu'elle était pas clean.

  • Je sais, avais-je articulé en sanglotant. Mais j'ai voulu croire en elle parce que, si j'avais été à sa place, j'aurais aimé qu'on me donne une seconde chance.

  • Résultat: c'est elle qui a pris ta place. Depuis toujours, elle convoite ce que tu as, elle essaye de t'enfoncer.

  • Oui, mais je lui ai rien fait. Je vois pas pourquoi elle est comme ça avec moi...

  • T'es conne ou tu le fais exprès?

J'avais relevé la tête, les yeux plein de larmes.

  • T'as du talent, espère d'andouille! Voilà ce qu'elle voulait et qu'elle n'aura jamais! Ton talent, nom de dieu. Tu aurais fait une putain de bon journaliste.

  • Je crois aussi, avais-je soufflé.

Christine s'était assisse sur le banc et triturait son chewing-gum.

  • Tu sais ce que disais mon père? lui avais-je lancé. Que quatre-vingt-dix pour cent des gens que tu rencontres sont pourris. Je l'ai pas écouté parce que je voulais pas être comme lui, aigri et parano. Mais je vais finir par le croire. Pour lui, dès que tu rencontrais quelqu'un, il fallait le tester et surtout ne jamais rien lui dire d'important. Mon père avait très peu d'ami et il est même allé jusqu'à appliquer sa philosophie à sa famille.

  • C'est des conneries tout ça. Faut juste que tu deviennes plus méfiante.

Elle s'était levée d'un coup.

  • Je rentre.

  • Tu restes pas avec moi?

  • Non, je suis pas obligée: on est plus amie. Ça fait des mois que tu m'as pas appelée et tu croyais que tout était comme avant?

  • Mais, je ne savais pas ce que je faisais.

Christine était venue se planter juste devant moi.

  • Comment savoir si je peux encore te faire confiance si tu m'as trahi une fois?

  • Je sais pas... je... je peux te donner ma parole.

  • Non, ce serait trop facile, me dit-elle en regardant dans le vide.

J'étais en train de trembler. Je ne voulais pas perdre Christine.

  • J'ai une idée, souffla-t-elle. Tu vas m'avouer un truc que t'as jamais dit à cette pute de Grâce.

  • Tu veux que je te dise... un secret?

  • Voilà.

  • Mais enfin, Chris... je peux pas te dire une truc de ce genre là comme ça. Je sais pas. Y'a un contexte, une ambiance. Je peux pas balancer un secret dans ces conditions.

  • T'as pas confiance en moi, ok.

Elle avait commencé à s'éloigner.

  • J'ai fait l'amour la première fois à douze ans.

Elle s'était retournée vers moi. Sa colère avait fait place à la tristesse.

  • On merde! Me dit pas qu'on t'as vi...

  • Non, non.

Christine avait soupiré et pris place à côté de moi.

  • Tu m'as fait peur, idiote.

  • C'était une amie d'école. J'allais jouer chez elle après les cours et une fois, un de nos jeux a dérapé.

  • Alors t'as perdu ta virginité à douze ans. Putain.

  • Non, pas ma virginité. Mais j'ai eu mon premier orgasme.

  • Pour moi, c'est la même chose, ma chérie. Et c'est le plus beau des secrets.


Depuis cet événement, je n'ai plus jamais revu Grâce. Parfois, j'entendais parler d'elle mais ça ne m'intéressait pas. Tant qu'elle était loin de moi, tout allait bien.

Quatre mois après mon licenciement express, le responsable des ressources humaines du journal m'appela. Son ami avait lancé depuis peu sa propre boîte d'édition et recherchait des journalistes pour publier des papiers dans la presse et rédiger les résumés des bouquins. Grâce à son appui, je réussi à décrocher ce job. Au début, j'eus du travail par-dessus la tête et il n'était pas rare que je passe des nuits blanches. Puis quand tous les points techniques furent réglés et qu'un rythme de travail plus tranquille s'était installé, j'envisageai d'écrire un livre. Bruno, mon patron, me poussa dans cette direction. Il aimait beaucoup les articles que je postais sur le net et il était ravi à l'idée de me publier. À côté de mon boulot, je me mis donc à écrire une histoire, plus précisément mon histoire. En effet, ma rencontre avec Grâce m'avait apporté une seule chose positive: elle m'avait inspirée. J'avais l'impression que c'était la seule manière de me débarrasser de se souvenir et de passer définitivement à autre chose. Il fallait que je dise au monde que ce genre de personne existait, qu'elle composait la majorité de la population et qu'il était dur de les différencier dans la masse. Au fil des chapitres, j'exorcisais mon passé et me sentais de plus en plus libre. Enfin, après trois mois de travail acharné, « Les coups de Grâce » était achevé. Je présentai mon manuscrit à Bruno qui se dépêcha de le mettre dans l'emploi du temps de la maison d'édition. Dans quelques semaines, mon roman paraîtrait.

  • En fait, me lança-t-il alors que j'allais sortir de son bureau. Tu sais que j'ai reçu, il y a quelques semaines, une proposition très intéressante d'une journaliste qui désirerait s'associer avec nous. Ses articles sont excellents et elle prend peu à peu du galon. Un nouveau talent, ça ferait du bien à la boîte, je pense. Je lui fais signer le contrat dans 2 jours. Jeudi, j'organise une petite réception pour elle. Tu pourras être là?

  • Pas de problème.

Même si la nouvelle maison d'édition s'était très bien lancée sur le marché, une nouvelle directrice ne serait pas de trop pour décharger Bruno de la masse de travail sous laquelle il croulait. J'avais hâte de rencontrer cette journaliste.

Jeudi, j'arrivai donc au bureau où la réception avait lieu. Je rencontrai un groupe de collègue qui discutait de la nouvelle.

  • Elle a l'air sympa, remarqua Marjorie.

  • Il paraît qu'elle a eu plusieurs prix pour ses articles, renchérit Richard.

  • Mais où est cette perle? demandais-je, impatiente.

  • Avec Bruno, au fond de la salle.

Je me dirigeai, un peu nerveuse, vers mon patron. Il était si grand qu'il cachait entièrement la nouvelle venue. Je le hélai. Il se retourna. Soudain, j'eus l'impression que la scène se passa au ralenti. Alors qu'il était en train de se tourner vers moi, un parfum familier me fit suffoquer. Vanille et mandarine.

  • Ah, te voilà. Je te présente Grâce...

Mes mains se mirent à trembler. Je sentis ma respiration devenir de plus en plus difficile. Grâce, un mauvais sourire sur les lèvres, se tenait devant moi.

  • ... votre vice-directrice.

En guise de bonjour, elle leva légèrement son verre de champagne.

  • Tu ne te sens pas bien?

  • Besoin d'air, articulais-je.

Je pris congé et fendis la foule pour me retrouver devant le bâtiment. Ma tête tournait horriblement.

  • Ça va pas? me demanda Marjorie qui fumait sur le trottoir. T'as l'air toute pâle, ma chérie.

  • Je viens de voir la nouvelle

  • Elle a l'air cool, hein.

  • Pas du tout, lui rétorquais-je un peu trop violemment.

Marjorie se figea.

  • Pourquoi tu dis ça? Tu l'as connais même pas et tu la déteste déjà. C'est la première fois que je te vois prendre une attitude aussi puérile.

Puis elle jeta son mégot à mes pieds et rentra.

Quand je retournai chez moi, je n'avais plus la force de rien. J'avais entendu que Grâce occupait une place importante au journal et qu'elle était très bien considérée, alors pourquoi voulait-elle en plus devenir la vice-présidente d'une petite boîte d'édition? Je m'endormis, épuisée par l'émotion.


Voilà à présent où j'en suis. La fille qui a pourri ma jeunesse est ma patronne depuis deux semaines. Elle a déjà réussi à me démotiver en laissant échapper, au milieu d'une réunion avec les associés, que mes articles n'étais pas à la hauteur de ma réputation. Puis elle a monté Marjorie contre moi. Je ne sais toujours pas comment elle a fait. En tout cas, ma collègue ne m'adresse plus la parole et m'évite. Je suis épuisée moralement. Hier, j'ai appris qu'elle avait fait retarder d'un mois la publication de mon roman en prétextant des incohérences dans l'histoire. Mais je sais qu'elle ne l'a pas lu. Car si elle l'avait fait, je ne serais plus dans cette boîte.

Mon téléphone sonne. « Grasse » s'inscrit sur l'écran. C'est ainsi que Christine la surnomme et je trouve que ce pseudonyme résume bien la situation. Cette femme est envahissante et elle s'étale partout, comme de la graisse. Elle s'insinue dans les moindres recoins et il est impossible de s'en débarrasser complètement. Je décroche.

  • Je peux te voir tout de suite? On doit parler, ça devient urgent. Je te dois des explications.

Je ne réponds rien.

  • Rendez-vous dans une demi-heure sur la falaise des corbeaux, ok?

Sans même attendre ma réponse, elle raccroche.

Grâce pousse le sadisme jusqu'au bout: la falaise des corbeaux est l'endroit où nous nous retrouvions avec des amis de lycée, après les cours. Seule une petite route escarpée permet d'y accéder et très peu de personne s'y aventure, car une légende raconte que ce lieu est hantée par une sorcière qui commande aux corbeaux. Mais pour nous, cette falaise est le symbole d'une amitié, celle d'un groupe de lycée plein d'espoirs et de doutes. À chaque fois que je pense à ce lieu, je sens un sourire étirer mes lèvres.

Je n'est pas l'intention d'y aller. Mais j'ai peur qu'elle prenne ça pour de la lâcheté. Je me lève, prends mon manteau et descends au garage.


Elle est là. Le col de son imper remonté, des lunettes noires qui lui arrivent jusqu'aux sourcils. Le vent balance ses cheveux bouclés au rythme de sa respiration. Ambiance film noir assuré. La falaise est déserte, il n'y a qu'elle. Je descends de mon véhicule et m'avance vers elle. Grâce se retourne.

  • J'ai aucune explication à te donner.

  • Je m'en doutais.

  • Pourquoi tu es venue alors?

  • Pour te dire en face que tu es une connasse.

Elle enlève ses lunettes. Je devine dans ses yeux une furieuse envie de me gifler.

  • J'ai fait annuler la publication de... (elle fait semblant de réfléchir)... du tas de feuilles que tu appelles livre.

  • Tu ne peux pas. Pas sans l'accord de Bruno.

  • Je couche avec Bruno. Alors ce que je veux, il le veut.

Elle affiche son sourire le plus mesquin.

  • Ce type est fou de moi. Il ferait n'importe quoi pour que je reste avec lui.

  • Qu'est-ce qui est arrivé à Romain? À la fac, tu disais à qui voulait l'entendre qu'il était l'amour de ta vie et que tu le ne laisserais jamais.

  • Il s'est avéré que Romain était faible.

  • Il était gentil comme tout.

  • C'est la même chose, me rétorque-t-elle.

Je fais quelques pas vers le bord de la falaise, en bas les rochers pointus déchirent les vagues dans un fracas terrible.

  • Tu l'as pourri. Il était naïf et tu t'es servi de lui. Tu sais ce qu'il est devenu?

  • Alcoolique, me répond-elle en enlevant une trace sur son imper.

  • Tu es immonde.

  • Je suis réaliste. Je veux devenir quelqu'un et j'emploie tous les moyens à ma disposition pour y parvenir.

  • Tu es immonde, répétais-je.

  • Tu ne peux pas comprendre. Déjà au lycée, tu vivais dans tes rêves. Regarde-toi! Tu fais partie d'un groupe de rédaction et moi je suis déjà directrice d'une boîte d'édition et futur prix Pulitzer.

Je ne répond rien et fixe le va-et-vient des vagues mutilées.

  • C'est pour me dire ça que tu es venue ici?

  • Non. En fait, personne ne sait que je suis là parce que Bruno ne voulait pas que je te le dise. Il avait peur que je sois trop brutale.

Elle émit un rire de dédain.

  • Tu es virée.

Je me retourne rapidement vers elle.

  • Quoi? Mais comment Bruno a-t-il approuv...

  • Le sexe! Je te l'ai déjà dit.

Elle s'approche dangereusement de la falaise et se penche pour admirer le spectacle.

  • Les gens sont comme les vagues. Ils sont des millions a espérer un jour pouvoir atteindre le rivage. Mais je les attends comme le rocher. Je n'épargne personne. Tu es une vague parmi les autres.

Elle se tourne lentement, ses talons dans le vide. Je viens me placer face à elle.

  • Croire que je suis comme tout le monde. C'est ta plus grande erreur et la dernière.

Son visage se crispe soudain. Mais avant qu'elle n'ai compris, je la pousse du haut de la falaise. Elle crie et s'empale sur un rocher. Les vagues viennent lécher ses mains et emportent goulûment son sang. Soudain, je me rends compte de ce qu'elle a hurlé en tombant: mon prénom. C'est seulement dans sa mort que Grâce m'a redonnée mon identité.

Je regarde son cadavre, sanguinolent parmi la masse aquatique des vagues éternelles alors que les rochers s'effritent peu à peu. Une pensée me fait sourire. Un sourire de liberté et de renaissance. En tuant cette femme, j'ai tué mes démons. Mon démon.



(2 février 2008)



Commentaire de NiaK© (03/02/2008 12:09) :

Oulala!
Quel tourbillon!
J'ai cru un bon moment en lisant ce texte que l'histoire était vraie!...
Tu as réussi a colorier ton/tes personnage(s)... Pfiuuu!
Je dois relire ça!
Bravo & bises...^^...
NiaK©


Commentaire de lunastrelle (03/02/2008 12:49) :

Je me suis laissée prendre au jeu, c'est rudement bien fait...!
Petite remarque: j'aurai encore été plus sadique, j'aurai poursuivi après l'histoire de la falaise, sans faire mourir Grâce, et celle-ci aurait poussé la narratrice jusqu'à la folie... ^^!

Mais sincèrement, merci pour cette nouvelle qui m'a glacé le sang... Comme quoi on ne se débarrasse jamais de ces gens là...!


Commentaire de l\'auteur du blog (03/02/2008 14:15) :

Justement Lunastrelle: on peut très bien se débarasser de ce genre de personne. Mais de manière radicale. Si Grâce avait réussi à rendre la narratrice folle, ce n'aurait plus été une histoire de vengeance. ^^"

Niak: Cette nouvelle est inspirée par une histoire vraie...

Merci à vous deux pour vos remarques. Bisous


Commentaire de Emelune (03/02/2008 14:55) :

J'adore cette histoire ! Elle est angoissante et sonne tellement réelle ! Bravo, comme toujours !


Commentaire de Dark. (07/02/2008 14:00) :

J'adore =) Je retrouve, étrangement (hum XD) quelqu'un que nous connaissons toutes les deux dans le personnage de Grâce, et qui est vraiment une source d'inspiration incroyable. Tu as très bien décrit le personnage et le genre de sales coups qu'elle est capable de faire. La fin est tout à fait...Orgasmique!!

http://histoiredefraise.skyrock.com

Commentaire de vn (07/02/2008 17:44) :

Superbe, j'ai tout simplement adoré cette nouvelle, elle reflète tellement bien la réalité... que ça soit pour des personnages en particulier ou même une généralité qui bien que pessimiste est souvent applicable: tous des connards! (et des connasses) Bisous

http://0vn.livejournal.com

Commentaire de NiaK© (08/02/2008 10:18) :

Ben Dites donc! O.o
Elle en prend pour son grade la Garce!
Euh... La Grâce!...^^...

NiaK©




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